Actualités

Stockage, recharge intelligente et V2G : comment Renault est devenu un acteur des Smart grids


Publié le 18 Juin 2019



En octobre 2017, le Groupe Renault annonce la création d’une filiale, Renault Energy Services. Et un objectif : « se positionner sur le secteur de l’énergie et des smart grids, élément clé de la mobilité électrique ». Renault annonçait, à cette occasion, une prise de participation de 25 % dans Jedlix, une start-up néerlandaise spécialisée dans la recharge intelligente. Les deux entreprises vont travailler ensemble au développement de Z.E. Smart Charge, une application smartphone de recharge intelligente pour profiter au maximum des énergies renouvelables et des tarifs les plus bas.

crédits : Avere France – http://www.avere-france.org/Site/Article/?article_id=7588&from_espace_adherent=0

L’ambition affichée par Renault en octobre 2017 a déjà reçu quelques applications concrètes, au travers de divers tests et partenariats :

  • Un partenariat avec le britannique Powervault pour tester la réutilisation des batteries des véhicules électriques pour le stockage d’énergie fixe. 50 unités, équipées de batteries en seconde vie fournies par Renault, dans des résidences de clients déjà équipées de panneaux solaires ont permis d’explorer les performances techniques de la seconde vie des batteries, ainsi que la réaction des clients au stockage d’énergie à domicile. Les batteries utilisées dans les véhicules électriques ont généralement une durée de vie de 8 à 10 ans. Elles disposent cependant encore de capacités utiles importantes pour des applications stationnaires, ce qui leur donne une vie supplémentaire avant d’être recyclées. (A Issy-les-Moulineaux, Renault avait déjà fourni des batteries en fin de vie de Kangoo Z.E. pour stocker l’électricité produite par les panneaux solaires installés sur les bâtiments d’Issygrid).
  • Un partenariat avec Connected Energy pour installer sur des aires d’autoroute des bornes de charge rapide équipées d’un système de stockage d’énergie stationnaire, basé là aussi sur la réutilisation de batteries de ZOE et Kangoo. En stockant de l’énergie via une alimentation à faible puissance et en libérant l’énergie ainsi stockée à des puissances élevées, la technologie E-STOR permet de proposer des solutions de charge rapide pour des véhicules électriques dans les lieux où il serait très coûteux de construire un raccordement direct au réseau.

Le projet Advanced Battery Storage

En septembre 2018, le Groupe Renault annonce le lancement du projet « Advanced Battery Storage », qui vise à construire d’ici 2020 un dispositif de stockage stationnaire d’électricité conçu à partir de batteries de voitures électriques compilées dans des containers. L’objectif est de gérer les écarts entre consommation et production d’électricité et d’augmenter la part des sources renouvelables. Les premières installations seront réalisées en 2019 sur trois sites en France et en Allemagne : sur les usines Renault à Douai (Nord) et Cléon (Seine Maritime) et sur une ancienne usine à charbon en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. La capacité de stockage sera ensuite progressivement étendue au fil du temps jusqu’à compter 2 000 batteries de voitures électriques. A terme, le dispositif pourrait stocker jusqu’à 60 MWh, équivalent à la consommation journalière d’une ville de 5 000 foyers. Parmi les partenaires du projet « Advanced Battery Storage », figurent Banque des Territoires, le groupe japonais Mitsui, Demeter (via le Fonds de Modernisation Ecologique des Transports) et The Mobility House.

Le Groupe Renault avait annoncé, en octobre 2018, un accord de coopération avec EDF visant le développement d’offres croisées autour des offres d’autoconsommation développées par EDF (Mon Soleil & Moi) et de la recharge intelligente des véhicules électriques de Renault.

Flexibilité pour territoires insulaires : Porto Santo et Belle-île-en-Mer

L’île portugaise Porto Santo (5500 habitants, le triple en été et une compagnie d’électricité locale qui cherche à réduire sa dépendance au diesel) était le territoire idéal pour tester, avec Bouygues Energies Services, le Smart Fossil Free Island.  Le projet, déployé sur 18 mois depuis le printemps 2018, comporte trois volets. Dans un premier temps, 20 résidents volontaires de Porto Santo équipés de 14 ZOE et 6 Kangoo Z.E pourront se charger grâce aux 40 bornes de charge connectées, privées ou publiques installées par EEM et Renault sur l’île. Ils pourront, dans un second temps, restituer de l’électricité lors des pics de consommation. Par ailleurs, des batteries en seconde vie servent à stocker l’énergie intermittente, produite par les centrales solaires et les éoliennes de Porto Santo. Stockée dès qu’elle est produite, cette énergie est injectée dans le réseau pour les besoins locaux.

A Belle-île-en-Mer, Renault travaille depuis l’automne 2018 avec Morbihan Energie, les Cars Bleus et Enedis autour du projet FlexMob’Île. Le projet s’appuie essentiellement sur une flotte de véhicules électriques en autopartage. Dix bornes de recharge intelligente ont été déployées, en avril 2019. Les véhicules électriques sont disponibles en libre-service, branchés sur les bornes de recharge intelligentes qui sont pilotées de façon à privilégier la recharge quand l’électricité locale (celle des panneaux photovoltaïques) est produite en surplus.

Crédits : Renault – https://renault-mag.fr/renault-teste-la-recharge-bidirectionnelle

Expérimentations du Vehicule-to-grid

En mars 2019, Renault a lancé une expérimentation à grande échelle de la charge bidirectionnelle en courant alternatif des véhicules électriques à Utrecht, aux Pays-Bas, dans un microgrid développé par la start-up We Drive Solar. Renault prévoit d’y déployer une flotte de 15 ZOE dotées de la technologie vehicle-to-grid d’ici à la fin de l’année. Équipées d’un dispositif de charge bidirectionnel, ces voitures électriques seront en mesure de restituer l’énergie emmagasinée dans leur batterie au sein du réseau électrique.

Renault est par ailleurs impliqué, avec Bouygues Energie Services, dans l’expérimentation d’une solution de stockage et pilotage de l’énergie au siège du Sydev (Syndicat Départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée) à la Roche-sur-Yon. Ce projet, intitulé Pharre, permettra de répartir l’énergie en fonction des besoins de consommation et des heures pleines et creuses, mais aussi pour la recharge de la flotte de véhicules électriques du syndicat. Ces démonstrateurs seraient bientôt complétés par d’autres déploiements en Allemagne, en Suède et au Danermark.

Partenariats en Europe autour des bornes de recharge

Le Groupe Renault s’est, par ailleurs, associé à Total pour lancer (avec Jedlix) une offre « Z.E. Smart Charge » . Cette offre s’appuie sur de l’électricité issue d’une énergie verte fournie par Total Spring. Les deux groupes souhaitent collaborer sur les infrastructures de recharge et la fourniture d’électricité afin de réduire le coût de la recharge des véhicules électriques. Des projets sont en cours avec l’italien Enel autour de la recharge intelligente des véhicules électriques, via la plate-forme JuiceNet d’Enel X.

Renault avait saisi, en mai dernier, à l’occasion du symposium EVS32, pour annoncer un partenariat avec NewMotion qui devient le fournisseur privilégié de bornes de recharge pour ses clients particuliers. La filiale de Shell leur proposera deux types de bornes, la « Home Basic » permettant une recharge à 11 kW de puissance, et la « Home Advanced » qui, grâce à sa connectivité, permet d’envisager un usage en copropriété.

Renault a également annoncé son association avec E-Totem et Demeter concernant le déploiement du premier réseau public en France de bornes de recharge à la demande. Implanté sur le territoire de la Métropole de Saint-Etienne, ce réseau comptera à terme une centaine de bornes de recharge accélérée ou rapide. L’originalité du projet est d’installer une borne sur la voie publique suite à la demande d’un client particulier ou professionnel, propriétaire ou futur acquéreur d’un véhicule électrique.

Maurice Ronai, Items, pour Think Smartgrids

 

Voir aussi :

La mobilité électrique : futur maillon fort des Smart Grids (dossier)

L’Europe des batteries commence à prendre forme

Véhicules électriques : 23 000 points de charge accessibles à tous en 2018, 100 000 d’ici 2023